Retour sur le NIE 2007
Comme nous l’écrivions hier dans notre article « La décomposition de l’Empire » :
(…) les récents échecs tactiques de l’Empire (Afghanistan, Irak, Liban), ses guerres à venir, ses négociations menées au coeur même des batailles pour ne pas perdre la face, tous ces facteurs liés à d’autres, plus subtiles, mais chaque jour plus visibles, indiquent qu’il est en phase de décomposition, peut-être même à un stade que nous ne soupçonnons pas encore (…)
Le rapport explosif du NIE 2007, dont les retombées continuent, de manière directe et indirecte, à modifier profondément ce qu’on pourrait désigner comme étant « l’opinion publique mondiale », confirme et appuie notre analyse : c’est la colonne vertébrale même de l’Empire qui est atteinte.
Ce n’est pas tant le contenu et les conclusions qui sont troublantes, mais leur diffusion publique, démontrant que le Système (les services-secrets US) se rebelle contre le Système (l’administration Bush). La publication de ce rapport est à lui seul une partie non négligeable d’un diagnostic sur l’état avancé d’auto-décomposition du système, pire même : une sorte de coup d’Etat.
La conséquence la plus directe est que la perspective d’une attaque contre l’Iran devient de plus en plus irréaliste, cela malgré les agitations des pays occidentaux, notamment de la France sarkozyste, ou encore les récentes déclarations du président Peres (1).
Ce qui est également mis en évidence, et malgré la propagande de l’appareil militaire, en Irak ou en Afghanistan, et depuis peu en Israël, est la reconnaissance de la défaite de la « guerre contre le terrorisme mondial ». Sujet sur lequel nous reviendrons plus précisément dans nos prochains articles.
(1) Ali Ahni, ambassadeur d’Iran en France. Entretien dans l’Express du 4 mars 2008 : “Quand les autorités israéliennes emploient des mots injurieux ou menaçants envers l’Iran, cela ne provoque jamais aucune réaction. Ce fut le cas voilà peu, lorsque (le président) Shimon Peres a affirmé que la nation iranienne devait être déracinée. Mais dès qu’une déclaration touche Israël, elle déclenche une réaction très forte, notamment en France, où le lobby sioniste est puissant. Si l’on est aussi sensible à ce genre de vocabulaire, il faut l’être pour tous et en toutes circonstances.“
La décomposition de l’Empire
L’Empire, dont l’incarnation la plus convaincante est son fondé de pouvoir américain, désigne avant tout la nouvelle forme de souveraineté qui a succédé à la souveraineté étatique : une forme de souveraineté illimitée, qui ne connaît plus de frontières ou plutôt qui ne connaît que des frontières flexibles et mobiles. L’Empire est sans limites spatiales, ni temporelles, il est le modèle même du biopouvoir, un appareil d’emprisonnement qui ne vit que de la vitalité de la multitude, un régime vampire de travail mort accumulé qui ne survit qu’en suçant le sang du vivant.
L’Empire est un tout; il est tout ce que nous sommes, il est partout, il est absolument totalitaire au-delà de tout ce qui a été fait et même imaginé, et tout ceux qui peuvent s’y opposer, jusqu’aux radicaux les plus extrêmes, en sont aussi les complices d’une façon ou l’autre. Nous irions jusqu’à dire que pour s’opposer à lui, il faut en être à un moment ou l’autre le « complice », au moins tactiquement. En écrivant ces mots, nous-mêmes le sommes effectivement dans une certaine mesure, « tactiquement complices », par exemple en utilisant les moyens de communication, tel Internet, qui ont été créés par l’Empire et que l’Empire contrôle. Toute révolte est donc nécessairement confrontée à une limite. Mais l’importante chose à admettre est que l’essentiel n’est pas la révolte aboutie car le système ne fonctionne pas selon ces normes et il n’est pas vulnérable à des révoltes individuelles ou des révoltes de groupe, ni à la révolte tout court finalement. Il n’est destructible que par sa propre désintégration, sa propre autodestruction. La destinée et la destruction éventuelle de l’Empire sont une affaire intérieure à lui-même et rien d’autre.
Les récents échecs tactiques de l’Empire (Afghanistan, Irak, Liban), ses guerres à venir, ses négociations menées au cœur même des batailles pour ne pas perdre la face, tous ces facteurs liés à d’autres, plus subtiles, mais chaque jour plus visibles, indiquent qu’il est en phase de décomposition, peut-être même à un stade que nous ne soupçonnons pas encore.
L’Empire est aujourd’hui, d’une faiblesse si extraordinaire et d’une légitimité si complètement anéantie qu’elle ne semble plus exister, n’a plus la force de mener les guerres qui seraient nécéssaire à sa survie même. Nul ne peut prédire l’avenir, qui reste, plus que jamais, incertain. Mais les mois à venir, les batailles en cours, seront déterminants.
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